Mercredi 11 avril 2007


Visage, Musée archéologique d'Istanbul.




"Qui es-tu?"
C'est un peu la question qui nous travaille plus ou moins secrètement à chaque instant: qui est celui / celle qui se tient en face de nous? A quoi ressemble vraiment cette personne? Quelle est véritablement son histoire? En quoi m'interpèle-t-elle? En quoi puis-je me confier à elle? Quel degré de confiance puis-je lui accorder? Bien sûr, notre questionnement n'a pas l'emphase de ce verbiage, il se cache tout naturellement dans notre regard, qui que nous soyons. Prêt à se dévoiler, tout disposé à demeurer caché. Selon.
Notre questionnement ne se contentera pas d'une réponse par trop rapide et simpliste, mais exigera plutôt quelques mots, quelque aperçu chargés de vérité. Notre rapport à l'autre, avant sa manipulation, est immédiat et véridique. De la réponse perçue dépend largement notre propre réaction, notre état.
Cette réflexion m'est revenue - éthymologiquement - comme un reflet lors de ma rencontre avec quelques oeuvres antiques du musée archéologique d'Istanbul, il y a quelques jours. Ces oeuvres étant de pierre, elles ne risquent certes pas de varier beaucoup dans leur expression, et leur duplicité en est d'autant restreinte. Mais la perception qu'on peut en avoir, le message qui a été transmis par des formes, des lignes et des matériaux, se substitue avec une troublante aisance au naturel qui régit le rapport que nous établissons avec notre entourage et lors de nos rencontres quotidiennes. Un rapport riche et sensible. Ces oeuvres sont un mirroir de notre réalité et, en tant que telle, elles nous questionnent, de façon très élégante mais également avec une rigueur sans faille, tout juste dissimulée derrière le raffinement de leur traits.
Un visage, façonné il y a quelques milliers d'années, à peine injurié par les siècles, surgit devant moi. Tel quel. Parmi d'autres. Hors contexte c'est vrai. Justement:  tel quel, sans l'artifice de concepts qui soient les siens ou les miens. Car la surprise de la rencontre créé un espace vierge, propice, ouvert. C'est cette oeuvre et pas une autre. Et elle vous parle. La langue n'est pas compréhensible tout de suite, mais le "feeling" y est. Le courant passe.
Et l'oeuvre elle-même a surgi des mains, du coeur et de l'esprit créatif d'un autre. Ce n'est pas un simple objet tombé de la bouche d'une machine industrielle. Cet aspect est moins évident tellement le message incarné par l'oeuvre a pris le pas sur les conditions même de sa naissance....
Se rencontrer. C'est toute la saveur d'une vie, un thème d'humanité.
Alors, les musées...des lieux morts? Et comment ne pas penser à la façon dont nos expériences rentrent bien vite dans le musée de notre vie, si rarement dépoussiéré. Une sorte de remise, en réalité toute pleine de vie encore palpitante, d'instants inusables, de trésors.
J'aimerais croire que le musée demeure vivant, ou bien que l'expérience ne finit pas, comme l'art, ou la vie finalement, toujours présents.
Ou comme le coeur qui bat tant qu'il peut, sans jamais se demander jusqu'où ni même pourquoi.



A toi l'Arb.



par Olivier PHILIPPOT publié dans : Coup de Coeur
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