Un petit article à l'intention des élèves du Strate Collège.
Beaucoup d'aquarellistes de renom ont travaillé ou travaillent à partir d'une palette restreinte, parfois dans une même tonalité. Que ce soit à partir d'encre plus ou
moins diluée ou tout simplement de café (Victor Hugo par exemple), il sont parvenu à traduire de manière forte une émotion à travers une représentation spontanée ou plus étudiée. Une
peinture réalisée avec les 3 couleurs primaires ( auréoline, garance rose et bleu de cobalt en ce qui nous concerne ici ) est l'occasion de découvrir une qualité particulière de l'aquarelle:
pouvoir beaucoup avec peu. Travailler avec une palette aussi restreinte aura la qualité de donner une unité à votre peinture, évitant ainsi l'effet "coloriage" où sont appliquées côte à côte des
teintes, peut-être magnifiques, mais pas forcément cohérentes. Cela n'exige qu'un petit effort, qui est aussi un pas vers la liberté d'expression: apprendre à
mélanger ses propres couleurs, prendre le temps de regarder ce qui en résulte, l'évaluer, développer ses propres outils, pour mieux
transformer ses propres envies en plaisir de peindre.
N'oubliez pas de d'abord mélanger vos couleurs et d'obtenir la teinte souhaitée avant d'y ajouter de l'eau. Ne commencez pas par l'eau. Et n'ayez pas peur de la couleur! Faites-la
apparaitre, ne la dilluez qu'ensuite, petit à petit, selon le nécessaitre, pas plus! Travaillez avec 2 pots d'eau, l'un pour le rinçage, l'autre pour disposer d'eau propre. Changez-les
régulièrement. Aussi, prélevez votre couleur avec un pinceau synthétique, de taille moyenne, qui ne gardera pas la couleur pour lui mais la déposera sur votre palette. Surtout pas de pinceau à
lavis pour cette opération!
Travailler avec les 3 primaires, c'est disposer de ces trois couleurs bien sûr, de leur mélange 2 par 2, et de l'infinité des "gris" colorés à tendance jaune, bleu, rouge, violette, verte, orange, et du gris souris, réalisés avec les 3 primaires en intensité égale. Chaque teinte, plus ou moins diluée, ou posée sur une précédente, peut se décliner en autant de variantes.
En marge de votre travail, ou sur un morceau de papier séparé, gardez un petit échantillonnage des couleurs que vous avez créées et que vous avez décidé d'utiliser. Cela vous servira à aiguiser votre oeil, vous serez surpris par les possibilités offertes et vous pourrez vous rappeler de teintes posées sur le papier et finalement recouvertes par d'autres.
J'ai fait un portrait pour illustrer quelques possibilités offertes par les trois primaires. Ce n'est qu'un exemple sans prétention, un joli visage sans éclairage ou atmosphère dramatiques, juste un exemple.
Commencez par poser les teintes les plus claires. Ici, j'ai commencé par une teinte claire correspondant aux zones les plus éclairées du visage et des cheveux (les mèches les plus claires ont été réservées à la gomme). Pour le reste, j'ai parfois appliqué les principes tantôt de la couleur posée dans l'humide (vêtements suggérés, fond..), tantôt de l'humide sur du sec (voir articles précédents). Les couleurs dégradées ont été séchée au sèche-cheveux pour stopper leur progression dans l'humide au moment désiré (pommettes, etc.).
Les trois primaires se suffisent bien à elles-seules dans cette peinture (attention, couleurs du scan non contractuelles! Le fond et plus gris-vert). Beaucoup d'autres teintes sont
possibles, et n'ont pas été utilisées ici. Même si la palette est assez restreinte dans cet exemple ( à part le fond, il y a surtout des teintes chaires ou brunes ), les possibilités offertes par
les 3 primaires sont bien plus étendues.
Conseils: n'oubliez pas que le blanc du papier est une couleur à part entière: laissez-le circuler là où vous le souhaitez, ne lui laissez pas non plus trop d'espace afin qu'il n'isole pas les différentes parties de votre composition. En un mot: faites des choix dès le départ.
Pour les amateurs de "noir": votre peinture peut tout-à-fait trouver un bel équilibre sans que de dur traits noirs viennent en souligner inutilement et indélicatement - et donc
aussi en compartimenter les différentes parties. C'est de l'aquarelle, pas du vitrail: la lumière passe, mais le plomb n'est pas nécessaire.
Le problême avec la couleur noire, surtout chez les débutants, consiste à croire que le fait de la poser va apporter une touche de finition à l'ensemble du travail, ou venir donner du poids à un
résultat assez moyen. En réalité, le noir bloque en quelque sorte votre vision du résultat: une fois posée, elle est tellement pesante qu'on ne sait plus trop quoi faire. Ma peinture est-elle
terminée? Que manque-t-il? On ne sait plus trop. Le noir ( ou son équivalent ici avec les 3 primaires ) ne sera donc apporté qu'en touche finale, si nécessaire, et uniquement là où il a
effectivement sa place.
Si vous utilisez du fluide à masquer, n'attendez pas la fin de votre travail pour le retirer: faites-le un peu avant, car souvent les parties claires que vous aurez réservées se démarqueront trop des parties plus foncées et vous aurez à les nuancer. Exemple: les cheveux.
Placez stratégiquement certaines couleurs dont vous n'aurez pas inondé toute votre feuille. Ici: le vert des yeux.
Pensez à faire jouer les complémentaires: pour modifier une couleur (soit dans le mélange sur la palette, soit sur la feuille en repassant sur une couleur déjà
sèche ), mais aussi pour attirer l'attention sur une zone particulière, ...ou pas.
Bonne peinture!
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